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Intervention en Conseil municipal

Associations : ne fragilisons pas celles qui font vivre notre ville

Conseil municipal – 23/09/2026


Monsieur le Maire, chers collègues,

Je prends la parole au nom de notre groupe pour aborder un sujet fondamental pour la cohésion et l’avenir de notre ville : la place accordée à notre tissu associatif et la méthode retenue pour l’accompagner.

Il y a quelques semaines, lors de la clôture du Forum des associations — un moment qui célèbre l’investissement de celles et ceux qui font vivre le lien social à Saint-Brieuc — vous avez tenu un discours « de vérité », ou plutôt d’interpellation du monde associatif, l’enjoignant d’avoir le sens des responsabilités. 

Derrière cette sortie malencontreuse, c’est une dérive plus profonde que nous dénonçons ce soir : celle de sacrifier l’urgence sociale sur l’autel d’une posture budgétaire.

Vous agitez l’argument de la situation budgétaire de la ville. Mais parlons de celle qui, à nos yeux, est tout aussi  prégnante : l’urgence sociale.

Saint-Brieuc affiche un taux de pauvreté de 22 % selon l’Insee, grimpant jusqu’à 40 % dans nos quartiers prioritaires (QPV). La précarité de l’emploi et l’érosion du pouvoir d’achat, accentuées par l’augmentation du coût des carburants, frappent notre commune bien plus durement que le reste de la Bretagne.

Rapporté à sa population, Saint-Brieuc compte le plus grand nombre d’associations en Bretagne.

Ce n’est pas une anomalie budgétaire : c’est notre force et le pilier du vivre-ensemble briochin.

Dans notre commune, les associations constituent un soutien indispensable, là où les services publics régressent.

Elles incarnent ce qu’il y a de plus humain : la générosité bénévole, le brassage social et la capacité à faire société.

Réduire ou fragiliser leurs moyens sous prétexte d’urgence budgétaire est un calcul à court terme :

  • Le secteur associatif briochin génère des emplois directs non délocalisables et réinjecte chaque euro dans l’économie locale.
  • Plus encore, l’OMS démontre que 1 € investi dans le sport, la culture et la prévention associative génère jusqu’à 13 € d’économies ultérieures en dépenses de santé publique, en médiation et en régulation sociale. Affaiblir la prévention aujourd’hui, c’est condamner la collectivité à payer bien plus demain.

Quand vous parlez de mutualisation et de rationalisation imposées, vous réduisez en réalité l’action des acteurs de terrain.

Je vous cite : « chacun a ses petites spécialités ». Mais de quoi parle-t-on lorsque l’on évoque ces prétendues petites spécialités ?

  • Le kayak,
  • Le kin-ball,
  • L’Office des sports,
  • Unvesti
  • La Biennale des peintres…

On ne fusionne pas des associations comme on réorganise des filiales ou des cabinets ministériels.

Ces structures ne sont pas de simples lignes de dépenses à raboter sur un tableau Excel.

Ce que vous traitez avec condescendance de « petites spécialités », c’est en réalité de l’expertise de terrain et du sur-mesure humain.

Monsieur le Maire, la contrainte budgétaire n’est pas une nouveauté. Nous partageons ce constat : les associations font face à un manque de ressources et à des équipements souvent vétustes. Mais c’est sur la méthode et la philosophie politique que nos chemins divergent fondamentalement.

Regardons les faits et comparons deux visions :

Votre vision :

  • Faire payer l’addition aux structures locales en répercutant directement les arbitrages budgétaires et les désengagements de l’État sur nos associations.
  • Opacité et décisions unilatérales : le lancement d’appels à projets, échappe à la commission des subventions pour se décider en vase clos. Votre adjointe nous l’a d’ailleurs confirmé en commission permanente la semaine dernière.
  • Opacité encore envers une association comme le Canoë-Kayak, bénéficiant de locaux mutualisés mais sans subvention : quelle rationalisation y a-t-il à la pénaliser ?
  • Opacité toujours quand vous retirez les créneaux au club de kin-ball, pourtant historique à Saint-Brieuc.
  • Faire payer les APE est un mauvais signal. Ces associations permettent à de nombreux enfants de bénéficier de sorties scolaires grâce aux fonds qu’elles lèvent elles-mêmes. Alors qu’elles font l’effort de trouver des financements, comme vous le préconisez, vous choisissez de les pénaliser plutôt que de les soutenir.
  • Faire la leçon sur une prétendue responsabilité, au risque de décourager les bénévoles et d’accélérer le désengagement citoyen.

À l’inverse, ce que nous avons fait lors du précédent mandat, avec notre collègue Thierry Stiefvater :

  • Établir des feuilles de route partagées avec les associations pour développer la pratique sportive des jeunes, y compris en accès libre comme au stade Hélène-Boucher.
  • Protéger le secteur associatif face aux crises (COVID-19, inflation, baisse des dotations de l’État) en maintenant le soutien financier de la Ville pour préserver les structures les plus fragiles.
  • Lorsque nous avons dû ajuster les subventions, nous l’avons fait en toute transparence sur la situation financière globale : un effort circonscrit de 180 000 euros Cet effort a été réparti selon les capacités de chaque structure, en préservant en priorité les associations employeuses et celles assurant des missions de solidarité envers les Briochins les plus précaires.
  • Garantir la démocratie et la transparence : chaque décision a été débattue ouvertement avec l’ensemble des élus en commission des subventions, et sans que jamais, le maire – Hervé Guihard, ne vienne interférer ensuite dans les avis rendus collectivement.
  • Valoriser l’engagement bénévole, notamment à travers l’organisation de la Soirée annuelle du bénévolat.

Cette manière d’imposer des décisions sans réelle concertation, mettant en péril plusieurs structures, rappelle la méthode appliquée sur le dossier de la place de la Résistance. Vous promettez une concertation permanente mais mettez les acteurs devant le fait accompli. Pourquoi ces arbitrages précipités n’ont-ils pas attendu les États généraux de la vie associative que vous avez annoncés ? Quelle urgence justifie de fragiliser ainsi nos associations ?

Notre ville, où un habitant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, a plus que jamais besoin de lien, d’écoute et de soutien envers ses forces vives. Affaiblir nos associations, c’est fragiliser ce qui fait société.

Nous vous demandons donc solennellement :

  • De suspendre les décisions injustifiées prises cet été à l’encontre de plusieurs associations ;
  • De réintégrer immédiatement l’ensemble des arbitrages au sein de la commission des subventions, dans la transparence exigée par les élus et les Briochins ;

De renouer un dialogue respectueux avec l’ensemble du réseau et des acteurs associatifs.